Disparition des espèces : une bonne chose ou pas pour l’économie ?

Pourriez-vous vivre dans un monde sans pièces et sans billets ? Où l’argent liquide n’a plus droit de citer et où la carte bancaire détient le monopole du paiement ?
À première vue, cela peut sembler utopique. Pourtant, la disparition des espèces est la direction naturellement prise par la France et de nombreux autres pays à travers le monde. Retour sur les avantages et inconvénients d’une société zéro cash

Disparition des espèces : situation en France, en Europe et dans le monde 

La question de la disparition, ou en tout cas de la diminution des espèces se pose à l’échelle mondiale. Il faut dire que, lorsque l’on sait que la production d’une pièce d’un cent d’euros revient à 1,2 cent d’euros, il y a de quoi s’interroger sur l’utilité de l’argent liquide, au moins pour la petite monnaie.
À l’opposé, le billet de 500€, après dix-sept années d’existence compliquée ponctuées de sa non-acceptation par de nombreux commerces, a cessé d’être émis par les banques centrales européennes.   En Europe, on estime à environ 40% les paiements effectués par carte bancaire, un chiffre atteignant les 50% en France.
Les paiements en liquide sont quant à eux bien en dessous du tiers des paiements, selon des chiffres révélés en 2018 par la Banque centrale européenne (28%). La France est ainsi le second pays de la zone euro payant le moins en espèces, juste après les Pays-Bas. Le français dispose ainsi en moyenne de 32€ dans son porte-monnaie.
C’est deux fois moins qu’un italien et trois fois moins qu’un allemand. Les citoyens allemands restent en effet encore très attachés à leurs habitudes et sont ceux qui paient encore le plus en liquide à l’échelle européenne. 
Hors zone euro, mais dans le même espace géographique, le champion régional est cependant de très loin la Suède, préférant les transactions scripturales (le nom donné aux paiements ne se faisant pas en liquide) pour plus de 85% des paiements réalisés en couronnes suédoises.  Dans le reste du monde, au Canada notamment, des situations similaires sont remarquées. 

Quels avantages à un monde sans argent liquide ? 

Le premier avantage généralement avancé à l’évocation d’un monde sans paiements en liquide est la limitation de la fraude et de l’évasion fiscale.
Pour les gouvernements, cela permettrait avant tout de pouvoir tracer l’ensemble des paiements, et ainsi de mettre un terme à la fraude à la TVA. En effet, pour une société, le paiement en cash est le moyen le plus simple pour ne pas déclarer ou déclarer partiellement leurs revenus.
Pièces et billets peuvent en effet facilement être réutilisés pour un paiement à un commerçant de proximité ou être déposés par petites sommes à la banque. Pas de paiement en liquide implique des transactions numériques, donc bancaires, donc traçables. Cette traçabilité permettrait donc de savoir en tout temps, qui a effectué quel virement, pour quel motif.
Le financement du terrorisme s’en retrouverait grandement compliqué, de même que toute revente d’armes. Le grand banditisme est par conséquent également directement concerné, puisque la vente de produits illégaux sur une base monétaire deviendrait largement compromise.
Ce serait notamment le cas des trafics en tous genres et en premier plan des drogues. 

Existe-t-il des inconvénients à la disparition des espèces ? 

En plus de l’aspect purement pratique à pouvoir se balader avec sa seule carte bancaire et se débarrasser de l’ensemble des pièces et billets en euros alourdissant un portefeuille, la disparition de l’argent liquide permettrait donc de plus facilement réguler les flux monétaires.
Ce qui semble en apparence bénéfique à la société comporte pourtant quelques travers. Le premier d’entre eux, purement financier, est l’existence de frais, imputés par les banques aux transactions scripturales.  Si leur taux est de plus en plus faible, ils existent cependant et viennent enrichir les banques au détriment des partenaires commerciaux à l’origine du paiement.   
Sur le plan humain, ne plus disposer de monnaie pourrait logiquement décourager les mini-dons et autres pourboires. Des alternatives devraient alors être trouvées. Au même titre, les personnes sans domicile fixe ou en situation précaire ne sont généralement pas éligibles à l’ouverture d’un compte bancaire. Pour elles, la disparition du liquide pourrait empirer leur situation.
Enfin, un système zéro cash est plus clivant pour les personnes âgées qui devront s’habituer à ces nouveaux moyens financiers. Une transition en douceur s’impose alors.  Le dernier point, et non des moindres, concerne le respect de la vie privée des citoyens.
La traçabilité des paiements présente de nombreux avantages, mais aussi des inconvénients majeurs si les outils de traçabilité sont mis entre de mauvaises mains. Les banques françaises se sont publiquement engagées à ne pas revendre les données personnelles de leurs clients.
Ce n’est cependant ni le cas partout dans le monde, ni un gage que cette condition soit respectée en tout temps et toute situation.
En cas de guerre numérique, l’ensemble des paiements pourraient se retrouver bloqués, paralysant au moins momentanément l’économie d’un pays, voire du monde entier.  

Obstacles à la mise en place d’un système zéro cash 

Quels que soient les avantages et inconvénients, un système de paiement zéro cash semble incontournable.
Il va cependant nécessiter du temps, des aménagements logistiques et un changement de mentalités. L’important est alors de comprendre et anticiper ce que représente, en France et à plus grande échelle, une société sans monnaie, où chaque paiement se fait par carte bancaire, virement de banque à banque, ou tout autre moyen dématérialisé.  
Il faut ajouter à cela le besoin de se coordonner à l’échelle européenne, un obstacle de taille lorsque l’on connait les lenteurs administratives de la politique de Bruxelles. La conjoncture politique et économique actuelle ne pourrait pourtant qu’induire un isolement du ou des pays qui décideraient indépendamment de bannir l’argent liquide.
Concrètement, un pays de l’Union européenne seul n’a que peu d’intérêt à prendre de telles décisions, sous peine de s’isoler, se priver de flux touristiques importants, voire même venir à l’encontre du droit européen. La décision doit donc se prendre de concert, ce qui entraîne logiquement des délais de mise en place plus longs.