L’or reste-t-il un bon placement ?

L’or, un placement pas si sûr que ça ?
Difficile de ne pas avoir remarqué la multitude de magasins dans les villes proposant le rachat de l’or sous toutes ses formes… Puis leur fermeture. Ces boutiques ont vu le jour après la crise boursière de 2007/2008 qui a fait monter énormément le cours de l’or.

Néanmoins, cela vaut-il encore le coup d’investir dans ce métal précieux alors que la plupart de ces boutiques ferment ?

Il faut préciser à ce sujet que leur fermeture n’est pas attribuable à la seule baisse des cours, mais plutôt aux associations de consommateurs démontrant bon nombre d’arnaques, et aux contrôles de l’État qui ont suivi. Plus de la moitié de ces sociétés avaient des comportements hors-la-loi : absence de factures, de prix affichés, paiement cash, pas de contrat, etc.

Ces arnaques, d’un autre côté, montrent l’importance des transactions autour de l’or… Ou plutôt l’engouement des Français pour ce qui, en fait, n’est plus, d’après certains spécialistes, une valeur refuge.

Valeur refuge, vraiment ?

Une valeur refuge est un placement permettant un investissement en cas de crise financière ou de forte dépression. Si vous avez investi dans ces valeurs, votre patrimoine se trouve donc, a priori, à l’abri.

Si l’on demande aux Français quelles sont les valeurs refuges, l’or arrive certainement en premier avant l’immobilier, la terre ou les obligations. Car les Français sont friands d’or : ils en auraient plus sous leur matelas que la Banque de France dans ses coffres.

Pourtant, l’or n’est plus une valeur refuge depuis longtemps. Son cours peut chuter d’un moment à l’autre suivant l’offre et la demande.

On pouvait concevoir l’or comme une valeur refuge lorsqu’il servait d’étalon aux monnaies. Il y avait une parité entre le dollar et l’or qui s’est terminée en 1973. Néanmoins, beaucoup de personnes croient que, lors d’un éventuel effondrement total du monde financier, l’on reviendrait au bon vieil échange de pain contre de l’or. Autant avoir finalement un coin de terre avec des céréales pour faire de la farine, non ?

Les vrais investissements qui n’ont pas subi la crise de 2008 sont rares. Ce sont les diamants, les forêts et les œuvres d’art.

On peut aussi citer quelques autres exemples de valeurs refuges modernes mis en avant ces derniers temps comme le yen, les Bons du Trésor américain, le vin, les achats immobiliers à Londres ou New York ou les obligations souveraines allemandes.

On est bien loin de notre lingot attendant patiemment sous le matelas…

Et pourtant…

Finalement, c’est la croyance que l’or est une valeur refuge qui en fait une valeur refuge. Lors des tremblements boursiers, les investisseurs se précipitent sur l’or, ce qui fait augmenter son prix. Après la crise de 2008, la valeur de l’or a explosée jusqu’en 2011/2012. Depuis le cours varient de hausses en baisses plus ou moins marquées.Mais, en réalité, si l’on prend la courbe du prix de l’or depuis 2011, on voit une baisse constante.

Ce qui fait de l’or un investissement original, c’est qu’il n’est pas affilié à un résultat comme une action ou, pour une entreprise ou un pays, à la capacité à rembourser une dette comme une obligation. Finalement, il ne dépend pas directement des marchés financiers.

Pas de dividendes

Une autre chose à prendre en compte dans l’investissement dans l’or et qui découle de son indépendance des marchés financiers est la suivante.Acheter de l’or est une spéculation et non pas un investissement, il ne rapporte pas de dividendes. C’est à la revente qu’on fait, ou non, un bénéfice.

De plus, il faut tenir compte de beaucoup de frais annexes dont :- la garde de l’or dans les coffres des banques ou chez soi (pour un montant inférieur à 10 000 €) mais en souscrivant à une assurance contre le vol souvent associée à l’achat d’un coffre particulier.- les nombreuses taxes forfaitaires qui varient suivant l’objet (bijou, prothèse dentaire, lingot, pièces, etc),- le fait de garder plus ou moins longtemps l’or en sa possession pour réduire les impôts sur les plus-values, etc.

Trois placements différents

Il existe deux manières différentes d’investir dans l’or : l’or physique et l’or papier.

Les pièces d’or qui ne sont plus en frappe. On est dans le monde de la numismatique et donc des célèbres Napoléon, pièces de 20 francs-or datant de 1802 à 1914, « objets » en or qui se vendent le plus. Ces pièces sont faciles à acheter, à vendre, à partager
Les pièces, lingotins et lingots en or pur. Ce sont ces produits qui sont cotés en Bourse, à Londres entre autres. Les principaux marchés des métaux précieux sont à Londres, New York, Zurich et Hong Kong. L’or est coté en onces, soit un peu plus de 31 grammes.

L’or papier est un peu particulier.Il peut s’agir de ETFs (Exchange Trading Funds) ou trackers que vous fournit votre banque. Petit (ou gros) bémol, les révélations d’un trader semblent signifier qu’il y aurait 100 fois plus d’or papier que de vrai or dans les banques…Il peut aussi tout simplement s’agir de parts dans des sociétés minières, de fonds aurifères et autres produits financiers plus « traditionnels » et soumis aux fluctuations des marchés.

Miser sur le contexte géopolitique ?

Il suffit de regarder les informations pour se dire que les conflits et autres tensions entre les pays ne vont pas aller en s’arrangeant. Une géopolitique chaotique accroît la crainte des fameux « marchés mondiaux » et dans ce cas, ce sont les « valeurs refuges » qui augmentent, comme l’or. Non parce qu’il y a une réalité monétaire derrière, comme nous l’avons vu plus haut, mais grâce à la croyance de beaucoup d’investisseurs sur cette fameuse « valeur refuge ».

L’offre et la demande sont aussi prégnantes dans le cours de l’or au niveau international. Ces dernières années, la Chine et l’Inde sont devenues deux gros pays friands d’or. La Chine investit non seulement dans la production mais aussi dans l’achat d’or en grosses quantités.

Pourtant, le cours de l’or continue sa descente, malgré le chaos géopolitique et la demande soi-disant forte. Les investisseurs le boudent au niveau mondial, préférant d’autres terrains de jeux spéculatifs. Beaucoup d’arguments sont avancés pour expliquer cette « non-remontée » des cours de l’or.

Les professionnels des marchés avancent leurs explications, réfutent celles des voisins… Cependant, dans l’ensemble, personne ne semble savoir pourquoi les grands fonds spéculatifs notamment se désintéressent de ce précieux métal.

Alors, bon investissement ou non ?

Beaucoup de spécialistes assurent qu’il est important d’avoir de l’or dans son portefeuille… Mais qu’il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier : cette valeur refuge devrait représenter au maximum 20 à 25 % du patrimoine selon certains professionnels… de la vente de l’or.

La plupart des conseillers sérieux tablent plutôt sur 5 %. Il faut donc entendre que sur l’ensemble de votre possibilité d’investissement (vos économies), 95 % doivent être mis ailleurs !

Car il ne faut pas oublier que faire « travailler » son portefeuille implique une bonne diversité des placements, et des placements qui rapportent…

En conclusion, si vous avez un portefeuille d’investissements divers et que vous voulez investir dans l’or pour lisser d’éventuelles pertes, cela paraît un bon choix.

Si vous êtes tenté de placer toutes vos économies sur l’achat d’un lingotin pour assurer vos vieux jours ou pour le revendre vite et faire sauter la banque, passez votre chemin, vous risquez d’être fortement déçus.