Tout savoir sur le crowdfunding

Entre 2013 et 2018, le financement alternatif des entreprises par le crowdfunding a explosé en France. Il est passé de 36 à 402 millions d’euros !

Cette hausse est imputée en partie au nombre de projets financés de la sorte : en 2018, on comptait plus de 33 000 projets, la grande majorité étant des TPE/PME.

Pourquoi cette explosion du crowdfunding (qu’on pourrait traduire littéralement par : financement par la foule) ? Est-ce devenu une nouvelle manière pérenne de financer son projet d’entreprise ?
Voici quelques pistes de réponses.

Pas de crowfunding sans internet ?

L’arrivée du web dans notre vie a profondément changé certaines pratiques, mais le financement participatif est en réalité plus ancien.

Un des plus importants exemples de l’ère moderne serait celui de la construction du socle de la Statue de la Liberté. 

Comme pour certaines opérations de crowdfunding actuelles, la somme demandée (100 000 $) a été récoltée très rapidement grâce à plus de 125 000 personnes qui ont donné en moyenne moins de 1 dollar. Cette opération a été menée par le fameux Joseph Pulitzer et son journal le New York World qui a fait appel aux gens modestes, fustigeant l’inaction des riches américains. Pour enfoncer le clou, Pulizer publie le nom de l’ensemble des 125 000 donateurs assortis de certains messages reçus en même temps que les dons. (1)

Nous avons ainsi, déjà, en 1885, les bases de ce que l’on prend pour une nouveauté de nos jours :- une demande faite sur un média de masse,- une participation massive,- des dons modestes,- une contrepartie : la publication du nom des donateurs, et même de certaines de leurs histoires.

Il est vrai que l’arrivée d’internet et d’une nouvelle économie numérique a changé la donne du financement des entreprises. La multitude de start-ups autour des nouvelles technologies et certains « bons coups » d’investisseurs vont accompagner les nouveautés du financement des sociétés du numérique. Les « business angels » démarchent des geeks qui bidouillent au fond de leur garage, tout ce petit monde jongle avec les millions jusqu’à l’éclatement de la fameuse « bulle internet ».

Néanmoins, ces années d’euphorie ont permis l’arrivée et la démocratisation du financement participatif.

Rappelons le principe de base : des sites internet mettent votre demande de financement en ligne avec une somme précise pour toucher un maximum de personnes, à vous ensuite de fédérer une communauté pour arriver au montant souhaité.

Certains proposent des contreparties aux dons, d’autres plateformes sont plus orientées « prêts classiques » ou investissements mais toujours supportés par des personnes lambda.

Ce financement original couvre à l’heure actuelle toutes les demandes possibles : voyage, mariage, nouvelle voiture, etc. La liste est infinie et souvent les résultats peu probants. Dans le domaine de l’art : cinéma, musique, BD, etc. Il permet à beaucoup d’auteurs souvent sous-payés de financer des nouveautés.

Cependant, c’est dans le monde l’entreprise que le crowdfunding a fait beaucoup d’émules avec un certain de succès.

Moins dangereux qu’un emprunt bancaire ?

En premier lieu, il est plus facile de mettre en place une opération de crowdfunding que de monter un dossier de prêt bancaire. En plus, la plupart des plateformes proposent un accompagnement aux porteurs de projet.

Nul besoin d’apports, ni de longues heures passées à remplir des dossiers ou à courir les banques pour trouver le meilleur taux. Ici, c’est l’originalité des opérations qui marchent.

Cependant, contrairement aux États-Unis par exemple, il est extrêmement rare qu’une entreprise génère assez de dons pour financer son projet à 100 %. Nous sommes plutôt sur un système de diversification des apports financiers, ce qui atténue aussi les risques par rapport aux crédits bancaires.

Un exemple : une société demande une certaine somme, si la somme n’est pas atteinte à la fin de l’opération, les personnes ayant donné ne seront pas débitées. L’entreprise repart à zéro sans avoir réussi son coup mais aussi sans retombées négatives (à part un possible bad buzz provenant de cet échec).

Cet outil de financement alternatif est surtout utilisé par les PME, les start-ups, les créateurs d’entreprise et les repreneurs d’activité. Preuve s’il en est de la pertinence de ce genre d’opération.

Voyons les avantages financiers des différentes options :

  • Le don : avec ou sans contreparties, il permet de mettre en place un socle financier solide pouvant servir à faciliter les autres financements : subventions, prêts bancaires, etc. Idéal pour lancer une affaire.
  • le prêt : il peut être avec ou sans intérêt suivant la plateforme de financement. Une société arrive à financer ainsi des opérations refusées par les banques : besoin de trésorerie, de fonds de roulement, d’éponger une dette, de passer outre une capacité de financement limitée.
  • l’investissement : les financeurs pourront recevoir soit des royalties, soit des obligations, soit être inclus dans le capital. Cette opération intègre les investisseurs dans l’entreprise comme le ferait une multinationale avec des actionnaires. La société arrive à financer un projet important qui n’a pas l’aval des banques ou autres organismes de financement. Il peut également servir à boucler un tour de table. C’est souvent l’option choisie pour de lourds projets financiers.

Un test grandeur nature

En plus des avantages ci-dessus, le crowdfunding est un moyen intéressant de « tester » la validité de son projet d’entreprise et la réaction du public, des futurs clients.

Le crowdfunding peut vous aider à confirmer votre choix entrepreneurial : si le succès est au rendez-vous, cela montre que vous êtes sur la bonne voie.

Du don avec contrepartie à la mise en place d’obligations, le financement participatif met l’humain au cœur du projet. Vous n’aurez pas affaire à des banquiers anonymes mais à des « vrais » gens qui seront motivés par votre projet dans sa globalité, et non pas uniquement par l’aspect financier comme un banquier. Lors de certaines opérations, la contrepartie peut prendre la forme d’invitations au restaurant, de « pots » au sein de l’entreprise, etc.

C’est un excellent moyen de créer une autre relation avec ces investisseurs d’un genre nouveau.

N’oublions pas que créer une communauté autour de ses propres produits est la base de la nouvelle coqueluche du marketing : l’inbound marketing ou quand le client est lui-même le « VRP » de vos productions !

Pas sans les réseaux !

Attention cependant : il est hors de question de se lancer dans le crowdfunding sans avoir mis en place des outils pour toucher un maximum de personnes, la fameuse foule (ou crowd).

Sites internet, blogs, réseaux sociaux devront être en place et opérationnels bien avant le lancement de l’opération. Idem pour vos réseaux plus classiques : professionnel, familial, associatif.

Comme on l’a souligné, il existe une multitude de projets, il faut que le vôtre sorte du lot. Et cela implique aussi du temps et donc de l’argent.

Vous allez devoir non seulement soigner une communication originale et percutante en amont mais aussi la gérer tout au long de l’opération avec un calendrier bien précis et un suivi plus que quotidien.

Il faut en amont choisir aussi la plateforme et le moyen de financement, n’hésitez pas à regarder les opérations qui ont marché, souvent mises en avant par les plateformes pour vous en inspirer. L’accompagnement proposé par les plateformes est de même un bon moyen de les départager.

Financer ainsi une partie de son projet d’entreprise peut prendre beaucoup de temps et d’énergie, mais le jeu en vaut vraiment la chandelle.

Pour conclure, il existe beaucoup de plateformes de financement participatif en France. Nul doute que vous trouviez celle qui vous correspond. Vérifiez toujours qu’elle est bien soumise à la réglementation bancaire et financière française pour éviter tout ennui futur.

(1) https://www.nps.gov/stli/learn/historyculture/pulitzer-in-depth.htm